Entretien avec Benoît Magimel

Comment avez-vous rencontré Michel Houellebecq ?

Lors d’une avant-première des CHEVALIERS DU CIEL à Paris. Il était venu me saluer très simplement, m’expliquant qu’il avait passé un agréable moment. Il m’a donné l’impression d’être en réflexion à chaque instant, chaque mot prononcé était pesé et réfléchi. Il prend le temps, même pour un simple « comment allez-vous ? ». Il se sonde lui-même avant de répondre qu’il va bien.
C’est assez rare dans une époque où l’on s’empresse toujours à répondre de tout. Cependant, notre discussion a trouvé son rythme tout naturellement. Il m’expliqua qu’il avait passé un bon moment, il me parla de son goût pour le cinéma de divertissement, de science-fiction et d’anticipation.

Qu’est-ce qui vous a séduit dans son scénario ?

Le film d’anticipation, cette vision du futur, et toutes les nombreuses questions que cela soulève, c’est un sujet passionnant. J’ai aimé les étapes de la vie de Daniel, ses silences, ses réflexions, sa quête, ses renaissances, ses changements physiques. C’est un personnage qui ne ressemblait en rien à ce que j’avais pu jouer avant.

Il y avait aussi une grande part d’inconnu dans cette expérience. Toute l’équipe technique et chacun des acteurs se voulait au service de Michel, pour lui permettre de faire le film qu’il souhaitait. Nous avancions parfois sans savoir, tout en se posant les bonnes questions nécessaires à la réussite du film. Il y avait une bienveillance à son égard.

Benoît Magimel dans La Possibilité d’une île de Michel Houellebecq Comment avez-vous abordé ce rôle ?

Nous nous sommes vus plusieurs fois. Nous avons parlé de cinéma, du film et de mon personnage.
J’ai soulevé tout un tas de problèmes techniques liés à l’évolution de Daniel : le maquillage, les effets spéciaux… J’avais besoin de comprendre de quelle façon il envisageait cette évolution. Il a fallu un certain nombre d’essais avant d’obtenir le résultat souhaité. Le premier jour, nous n’étions pas prêts. J’ai dû rester huit heures au maquillage.

Le chien fut au coeur de mes préoccupations puisqu’il est mon seul partenaire pendant presque la moitié du film. Il fallait donc régler les problèmes liés au dressage. J’avoue qu’il y a eu des situations assez comiques. Je voulais que le dresseur me laisse avec le chien 24h sur 24h, afin que le chien s’habitue à moi et m’écoute comme son maître. Mais pour ça, il fallait que le dresseur s’éloigne le temps nécessaire. Malgré les directives de la production, le dresseur venait en cachette sur le plateau et, évidemment, le chien finissait par sentir son odeur et ne plus écouter.

Le fait que ce film soit l’adaptation d’un roman change-t-il quelque chose à votre manière de travailler ?

Non, car notre outil de travail n’est plus le roman mais le scénario ; seulement l’écriture est un espace de liberté sans fin, alors que le cinéma est constitué, en grande partie, de contraintes à résoudre. Michel ne se rendait pas tout le temps compte de la difficulté à transposer son écriture en images, en quelque chose de vivant. Certaines scènes étaient impossibles à réaliser, le chien, par exemple, avait une place plus importante au départ. On s’est vite retrouvé face à des difficultés de jeu et d’intention qui devaient passer à travers le rôle du chien, qui ne pouvait exprimer les émotions décrites dans le scénario. C’est pour cette raison que Michel a prit la décision de changer l’histoire avec le chien à la moitié du tournage.

Est-ce qu’il est plus difficile d’incarner un personnage de roman que celui d’un scénario plus conventionnel ?

Ce n’est pas une question de difficultés. Il n’y a pas de règles. Parfois, on peut trouver des réponses, des détails, des informations dans un roman qui ne seront pas évoquées dans le scénario, mais qui pourront nourrir intérieurement le personnage… Parfois vous n’y trouverez rien d’intéressant.
Les personnages de romans sont plus construits, plus riches, plus en nuances, plus accomplis que dans un scénario.
Un scénario est beaucoup plus épuré pour ne pas freiner le récit. Il faut essayer d’avoir une lecture assez « visuelle ». Parfois, les descriptifs, les détails et autres explications peuvent casser le rythme d’une lecture.

Je me rappelle que Michael Haneke, lors du tournage de LA PIANISTE, ne voulait pas que je lise le roman de Yelinek, que ce n’était pas important pour le film selon lui. Je l’avais quand même lu, mais au bout du compte le personnage décrit dans le roman n’était pas comme je souhaitais le jouer.
C’était à partir du scénario que j’avais construit Walter Klemer, et ma vision du personnage n’était pas du tout la vision de l’auteur.

Y a-t-il une différence notable dans la manière de diriger de Michel Houellebecq et des réalisateurs avec lesquels vous avez travaillé jusqu’à présent ?

Oui, chaque metteur en scène a sa propre manière de faire avec les acteurs. Disons que Michel avait cette volonté de diriger avec précision certaines séquences et d’être totalement spectateur pour d’autres, comme un enfant. Un réalisateur doit répondre à des centaines de questions chaque jour. Comme Michel a ce sens de la réflexion, parfois cela pouvait suspendre le rythme nerveux d’un tournage. C’est quelqu’un de doux et de calme, un introverti, qui ne demandait qu’à vivre une expérience collective loin de la solitude de l’écrivain. Je crois qu’il était heureux d’être entouré par son assistant et de sentir une équipe autour de lui.
Tout le monde était aux petits soins pour qu’il soit heureux.

Il y a toute une partie du livre qui est occultée dans le film. Vous êtes-vous inventé un passé ?

Oui bien sûr. On en a beaucoup parlé avec Michel et Patrick Bauchau. Michel souhaitait que l’on travaille énormément sur cette relation père/fils. Pour construire l’histoire et le passé de
Daniel, Michel avait beaucoup insisté pour que l’on se rencontre avec Patrick Bauchau afin de créer ce lien père/fils.

Je trouve important de construire et d’inventer un passé et une histoire aux personnages que je joue. Ce n’est pas obligatoire, mais c’est un exercice que j’aime faire.
C’est une manière de connaître intimement le rôle que je joue. Cette relation père/fils était le seul axe important dans l’histoire pour Michel. C’est devenu quelque chose de plus en plus important pour Michel pendant le tournage. Je me suis toujours demandé quel était le degré autobiographique de cette relation entre un père et son fils.

Daniel semble insaisissable, comme si un voile opaque interdisait l’accès à ses émotions, tout est dans le regard, dans des expressions subtiles et discrètes. Pourtant l’émotion est bel et bien là. C’était une consigne du réalisateur ou votre manière de concevoir le personnage ? Les deux peut-être?

Le scénario était très peu dialogué. Il y avait un espace énorme pour incarner les non-dits, les silences.
En même temps, je pensais que tout le film n’était construit qu’à partir du point de vue de Daniel.
Mais Michel n’a pas construit son film exclusivement de cette manière je crois, ce qui pouvait être déstabilisant pour moi. Je ne comprenais pas tout le temps ce que Michel voulait raconter, et à partir de quel regard, c’est une errance qu’il faut habiter sans mots sans forcer l’interprétation. C’était très intérieur comme voyage, à la mesure des silences et des réflexions de Michel.

Il n’y a quasiment aucun contact physique entre les personnages de ce film. Tout est dans les regards, les silences, la narration…

Benoît Magimel dans La Possibilité d’une île de Michel Houellebecq Cela rend-il le jeu d’acteur plus difficile ?

Ce film est très personnel à Michel, il lui ressemble. On ne peut pas dire que Michel soit très tactile, mais il n’a pas peur du contact pour autant. Il est très pudique mais n’en demeure pas moins chaleureux.
Il n’y a pas plus de difficultés à jouer les mots que les silences, l’important c’est d’incarner, d’être.
Au début de ma carrière, je voulais jouer dans des films ou il n’y avait quasiment pas de dialogues car enfant je rêvais devant les films de Sergio Leone ; voir des acteurs exprimer des sentiments sans dire le moindre mot et tout comprendre. Après avoir tourné dans un film plus silencieux, j’ai naturellement besoin de poursuivre avec un film où je retrouve le plaisir de jouer les mots.

Comment décririez-vous Daniel ?

Un jeune homme en quête de lui-même, qui cherche d’autres réponses, d’autres croyances que celles que veut lui transmettre son père. Il évolue tout au long du film, le Daniel du début, qui accompagne son père, n’a pas encore le courage de partir pour faire son chemin et trouver sa route. Puis, il décide de partir pour finir par revenir, sans avoir trouvé les réponses qu’il cherchait. Il a besoin de croire en quelque chose c’est ce qui le pousse à rentrer auprès de son père.

Y a-t-il des points communs entre Daniel et Benoît Magimel ?

Peut-être autrefois, à présent je ne crois pas. J’essaye bêtement d’être optimiste mais ce n’est pas chose facile par les temps qui courent. D’ailleurs pendant tout le tournage, j’insistais auprès de Michel pour que le film finisse sur l’espoir, lui n’en était pas sûr.

Vos questions à Michel Houellebecq

Depuis plusieurs mois nous vous proposons de poser vos questions à Michel Houellebecq. A l’approche de la sortie de son film La possibilité d’une île le 10 septembre 2008 au cinéma il a répondu à une sélection des questions posées.

Avez-vous des projets sur un prochain roman? Comment envisagez-vous votre activité d’écrivain après ce premier film?

Pour l’instant je ne peux pas parler de mes prochains projets. Mais ce film n’a en rien enrayé mon activité d’écrivain.

Il y a une question fondamentale que je me suis toujours posée à la lecture des “Particules élémentaires”: dans ce roman, vous démontrez de quelle manière nos sociétés occidentales tendent -paradoxalement- vers le modèle dystopique imaginé par Huxley dans “Le meilleur des mondes”. Malgré le fait que le roman se présente clairement comme une CRITIQUE de cette tendance, j’ai toujours eu l’impression -à la lumière de vos déclarations et des livres que vous avez écrits par la suite -qu’en réalité vous l’approuviez. D’où ma question: aimeriez-vous vivre dans “le meilleur des mondes”?
Oui, tout le monde a envie de ça! Moi aussi. direct lender

Mais non! Notre société ne tend pas vers le modèle que propose « Le Meilleur des mondes », elle tend à s’en écarter. Dans “Les Particules élémentaires” j’expose clairement que la société occidentale n’a pas pris le modèle « Meilleur des mondes » mais un modèle compétitif. Contrairement au modèle d’Huxley, il y a compétition pour obtenir satisfaction sexuelle. C’est une longue discussion entre Michel et Bruno, les personnages principaux des “particules”.

L’adaptation en film diverge-t-elle beaucoup de votre livre ? En quoi et pourquoi

J’ai voulu faire quelque chose qui soit axé sur la troisième partie du livre. Alors les amateurs d’Esther ne s’y retrouveront pas. En revanche, les amateurs de science fiction vont se régaler. C’est un vrai film de science fiction, sérieux, grave.

Quelles sont vos références cinématographiques ?

J’aime bien Spielberg, surtout “AI”, c’est magique, émouvant. C’est un très beau film. J’aime bien Tarkovski également. C’est un peu chiant mais c’est bien. C’est intense… J’aimais bien Antonioni, mais c’était il y a longtemps.

Finalement, après cette expérience, qu’elle soit satisfaisante ou pas (de votre point de vue, du point de vue de la critique, du point de vue des spectateurs), est ce que le fait de réaliser a changé votre regard sur des films que vous avez visionnés?

Oui! ça a changé mon regard sur l’adaptation de mon roman « les particules élémentaires ». Je n’avais pas trouvé le film très bon, et après avoir fait mon propre film j’ai trouvé que le réalisateur avait sûrement des excuses. Il a été soumis à une très forte pression. C’était un film qui coûtait cher. Et j’ai senti le scénario de compromis. Le réalisateur c’est une pauvre bête: C’est un être très puissant mais aussi très exposé. Il y a beaucoup de pressions contradictoires qui s’exercent sur son travail.

Quel rapport faites vous entre secte, religion et notre société contemporaine?

Je pense que les religions sont bienvenues et les sectes sont des religions. On pourrait dire que ce sont des choses à encourager. Les gens ont l’air plus heureux, ils ont un modèle de comportement.

Ces deux premières sont-elles à l’origine du nihilisme de notre monde?

Non. Le nihilisme c’est plutôt l’absence de sectes et de religions. En réalité ces dernières luttent contre le nihilisme. Moi j’aime bien les sectes et les religions. Mais pour être honnête, quand j’étais enfant, je vivais dans une zone largement déchristianisée, et même le catholicisme était perçu comme une sorte de secte! Quand je croisais au lycée des gens appartenant à une famille catholique, j’avais l’impression qu’ils faisaient partie d’une secte! Ils allaient à la messe, ils faisaient des trucs bizarres…

Entretien avec Michel Houellebecq

Pour bien comprendre, il faut remonter très, très en amont. Il faut lire les pages de 2 à 10 du livre. Je les ai écrites sans projet précis. Elles sont assez bizarres : des courtes phrases, beaucoup de blanc…
C’était difficile de prévoir ce que ça allait donner. Cela aurait pu donner un livre… un film… les deux… un recueil de poèmes…ou rien. Et puis j’ai écrit les pages 11 et 15 indépendamment des autres, dans un moment de ma vie où j’étais seul dans mon appartement en Espagne.

Plus tard, je les ai reliées aux pages 9 et 10 qui sont en fait un souvenir réel : J’étais en Allemagne dans une maison d’écrivains près de Berlin.
J’avais fait une lecture et une femme m’a dit qu’il fallait absolument qu’elle me parle. Le lendemain elle est venue me voir. La situation était bizarre… On était seuls dans cette banlieue de Berlin, près d’un lac assez beau… Calmement elle me dit : « j’ai fait un rêve avec vous». Et elle me raconte : je suis dans une cabine téléphonique, je parle, et je ne sais pas si je parle à des gens existant pour qu’ils me répondent, ou si je parle tout seul pour maintenir la fonction parlée. Le rêve était très fort… Ça m’a beaucoup marqué, l’idée de parler sans savoir si on communique avec quelqu’un ou si on communique avec rien.
Je me suis dit qu’il fallait que j’écrive quelque chose à propos d’un personnage existant après la fin du monde, et ça a été à l’origine de la partie de Daniel25 dans le livre…

Affiche du film La Possibilité d’une île de Michel Houellebecq Faire un film ça représentait quoi ? Un complément du livre ? Une autre interprétation de l’histoire ?

C’est une interprétation. Même si on prend aussi le risque d’être déçu visuellement. Par exemple, la zone blanche avec des lacs dont je parle dans le livre est un endroit purement imaginaire. J’aurais bien aimé trouver un équivalent réel, mais il n’existait pas. Du coup, la zone finale du livre qui me plait beaucoup visuellement n’est pas dans le film. Il a fallu trouver autre chose.

Vous avez volontairement occulté toute une partie du livre. Qu’est-ce qui a motivé votre choix ?

En fait, c’est ce qu’on retenu mes lecteurs les plus sensibles : la partie poétique de la fin. J’aurais pu faire quelque chose sur la décomposition du couple… J’aurais pu, tentation encore plus forte, faire quelque chose sur la rencontre et l’intense relation érotique avec Esther… J’ai fait une lecture pour le Festival des Inrocks et je n’ai lu que des passages de la troisième partie. C’était très beau. La troisième partie a une dimension poétique plus forte, indépendante du reste. Je pouvais donc tout axer sur elle. Ce que les gens retiennent est important. Un livre c’est une chose, ce que les gens en retiennent en est une autre.

Vous êtes en train de me dire que vous étiez soucieux de ce qu’allaient penser les lecteurs en regardant le film ?

Un peu, oui…

Habituellement le créateur impose ce qu’il a à dire.

Mais parfois les gens vous disent la vérité sur ce que vous avez fait…Plus que vous-même. Je suis peut-être un créateur, mais je suis aussi un lecteur. Je sais bien ce qui me manquerait si j’allais voir l’adaptation d’un de mes livres préférés. Là, il ne s’agit pas du tout d’une adaptation fidèle, mais je pense que le lecteur le plus profond trouvera que ça l’est. Par exemple Alina Reyes insistait beaucoup sur la troisième partie, sur le fait qu’il y a une sidération visuelle insistante. Ce n’est donc pas tenir compte des lecteurs, c’est tenir compte de certains lecteurs….

On vous a souvent reproché la violence dans vos livres mais aussi le sexe. Or s’il y en a dans ce roman, le film est exempt de toute violence et même de tout contact physique. C’est surprenant ! En fait vous êtes un grand romantique !

Oui, c’est assez vrai… Mais je n’ai pas eu l’impression que le sexe et la violence étaient fondamentaux dans ce livre. Au cours des lectures qui ont été faites, contrairement à celle de « Plateforme », les passages sélectionnés n’étaient pas tellement sexuels. C’est vrai que j’aimerais bien faire un film pornographique si l’occasion se présentait, mais pour ce livre là, ce n’est pas ce qui s’imposait. En fait il y a un certain érotisme lié au cinéma qui me dégoûte plutôt.

Michel Houellebecq réalisateur de La Possibilité d’une île Finalement, ce qui reste du sexe, c’est la sensualité de l’actrice Ramata Koité, et peut-être le concours de bikinis !

Pour le concours de bikinis, on s’est beaucoup amusés à tourner à Benidorm (Espagne). On était dans cet énorme hôtel, l’hôtel Bali, qui était extrêmement accueillant. On pouvait tourner où on voulait, ils étaient hyper coopératifs. C’est un hôtel fascinant ! Immense ! Une véritable usine de vacance balnéaire : des hordes de touristes, des centaines de russes, d’ukrainiennes, de polonais… C’était un sujet en soi !
Je me souviens des repérages : j’ai passé une journée lamentable à chercher des résidences de vacances et rien n’allait…on arrive à l’hôtel Bali et là, j’ai rarement été aussi excité de ma vie ! Je courrais partout, j’étais fou de joie ! J’avais envie de tout photographier, de tout filmer… Cet hôtel est un monument extraordinaire…

Est-ce que cela a été compliqué de trouver les fonds pour faire ce film ?

Très !

Pourquoi ? Qu’est-ce qui est compliqué quand on s’appelle Michel Houellebecq ?

Le fait que je sois très sincèrement haï par quasiment tout ce qui est culturel en France. Pour différentes raisons, mais le fait est là. Je n’ai donc eu aucune subvention. Je suis tricard partout, sauf dans le milieu de l’art contemporain ! Là on peut présenter un dossier sur mon nom, ça marche ! C’est très bizarre…

Vous vous êtes impliqué dans la production ?
A un moment donné j’ai été appelé à investir. Mon agent est intervenu, et je suis devenu co-producteur à 50%.

Pourquoi vouloir faire un film ? Vous n’êtes pas en mal de reconnaissance, vos livres se vendent.

Ce n’est pas tellement une question d’ego. Je pensais que je pourrai faire un bon film. J’ai le sens de l’image, du son… Je voulais essayer.

Un rêve d’enfant ?

Non, j’étais un enfant qui lisait beaucoup mais qui ne regardait pas la télé.

Alors pourquoi un film ?

Même quand on écrit un livre, la chose en elle-même prend une telle dimension qu’elle pousse votre ego de côté et vous ordonne de la servir. Je sentais que ce serait un film intéressant. A un moment donné, on entreprend les choses parce que si on ne les fait pas, quelque chose manque…

Michel Houellebecq et Benoît Magimel sur le tournage de La possibilité d’une île Un peu comme les personnages de romans vous échappent pour s’imposer à vous ?

Les personnages c’est une correspondance directe avec les acteurs, et le moment du choix de l’acteur…
J’ai choisi Patrick Bauchau comme Prophète parce qu’il impose un truc très, très différent du personnage du livre. Il est beaucoup plus sincère dans sa démarche spirituelle. Quand on a choisi l’acteur on est coincé, on ne peut que réorienter le personnage en fonction de ce que peut inspirer l’acteur.

Vous avez donc adapté votre scénario en fonction des acteurs que vous avez choisis…

Ah oui ! Vraiment ! On prend un acteur ou on ne le prend pas, mais une fois qu’on l’a pris, il y a des conséquences… ça réoriente le personnage. Pourtant c’est ça qui est excitant ! Ça se produit aussi avec les personnages de roman. En littérature non plus il n’y a pas réellement de libre arbitre. Lors des rencontres préparatoires avec Benoît Magimel, alors que je lui exposais ce qu’est un personnage en littérature, et il m’a dit « c’est comme un comédien qui devrait tout le temps être en scène ! »…

Mais le personnage de roman est en deux dimensions…là ce sont des êtres de chair et de sang…

Non… ça devient très présent un personnage de roman. Même si ce n’est pas réel. Le personnage d’Esther, j’en ai beaucoup rêvé la nuit… C’est moins connu dans le domaine de la littérature parce que les gens s’imaginent qu’on a tout dans sa tête, mais en fait, à force d’écrire, un personnage ça devient très, très présent…

Vous apparaissez dans le film. C’est un clin d’oeil ?

C’est Patrick Bauchau qui a beaucoup insisté… C’est lui qui trouvait très important que pendant son discours de prophète je sois dans l’assistance.

Il y a un sens à la musique du film au-delà de l’esthétique ? Cette musique est grandiose, même emphatique !

Oui, c’est romantique, emphatique, grandiloquent même… Quand j’ai monté le film, je voulais absolument garder cet effet spectaculaire au moment où Benoît Magimel sort du cratère. Et c’est précisément ce morceau là, celui que le musicien avait écrit pour la scène du cratère, qui m’a conduit à lui téléphoner pour lui dire que je l’avais choisi pour faire la musique de ce film. Après bien sur il a fallu gérer la personne parce que c’est excité ces gens là ! Ils mettent de la musique partout ! De temps en temps il fallait mettre le holà !

Justement, pourquoi n’avez-vous pas mis de musique sur le générique de fin ?

Je trouvais l’idée de la respiration et des pierres qui tombent très belles… En fait on peut dire qu’on l’a fait à trois : moi, le monteur son, et le mixeur. On a beaucoup dosé les respirations, le timing… C’est un bon souvenir. Un souvenir de satisfaction pour tout le monde.

Michel Houellebecq cinéaste adapte La possibilité d’une île d’après son roman Parlons un peu du chien ! Vous lui avez fait faire un casting !!! ?

Ben oui. Il y a eu un double casting en fait. Un casting chien et un casting dresseur.

C’est compliqué de faire jouer un animal dans un film ?

Oui ! Le scénario initial était très différent. L’animal devait être avec l’humain dans la caverne. Mais il s’est avéré que le dresseur a un petit peu surestimé son pouvoir de contrôle de l’animal. Le soir, en visionnant les images, je me suis dit que le chien et l’homme n’avaient pas l’air de s’aimer du tout. Ils n’avaient pas l’air de vieux compagnons. Ça ressemblait beaucoup plus à une rencontre entre deux êtres. J’ai réécrit le scénario en fonction d’une histoire où l’acteur rencontre le chien à sa sortie de la caverne. C’était le gros évènement du film. Le scénario a basculé.

Et l’amour, quelle rôle joue-t-il dans cette histoire ?

Je dirais que c’est l’avantage des situations du type « fin du monde ». Dans la société, il y a une grande possibilité de choix qui disparaît quand il n’y a plus d’êtres humains sur terre (rire) ! La possibilité de choix est réduite à zéro ! La sexualité est réduite à zéro ! On ne fait donc pas le difficile ! Il faudrait peut-être raisonner comme ça tout le temps, en fait : prendre ce qu’on a sous la main. Ce serait sûrement plus sain…
J’ai beaucoup combattu au montage la version très romantique de l’histoire qui voudrait que Daniel se souvienne de Marie (Ramata Koité). J’aime bien l’idée que ce soit une femme en général…

Y a t-il un moment en particulier qui vous a marqué pendant ce tournage ?

Le plan final, qui est miraculeux. Ramata gravissant le rocher. C’est le genre de moment qui justifie de faire un film ! C’était inattendu, et tout le monde était tétanisé tellement c’était beau.

Ça vous donne envie de faire un autre film ?

Pas tout de suite. Il y a tellement de contraintes que pour l’instant ça me donne envie d’être seul… C’est pas mal aussi d’écrire… C’est un mode de vie très différent, mais c’est pas mal…

Faut-il avoir lu le livre pour comprendre le film ?

Non, ce n’est pas la peine. Je dirais qu’il faut avoir un intérêt pour le thème des sectes parce que ça démarre très fort dessus. Ça démarre très « à la Tom Waits », dirais-je…

Que répondriez-vous aux lecteurs qui diraient : « ce n’est pas comme dans le livre, ce n’est pas ce que j’avais compris ! »

Je pense que j’ai fait une adaptation fidèle sur le fond, avec une grosse bifurcation due à Patrick Bauchau qui est beaucoup plus sympathique que Raël, et à la relation père-fils qui est devenue plus présente grâce à la relation de Bauchau et de Magimel qui s’aimaient beaucoup.

Michel Houellebecq sur le tournage de La possibilité d’une île Donc, c’est bien d’avoir lu le livre, mais il faut rester ouvert à une interprétation différente…

Oui. Ce qui est marrant c’est que les gens ne se rendent pas du tout compte de la façon dont est écrit un livre. On ne sait jamais ce qui va se passer à la fin. Dans le projet initial Esther n’existait absolument pas. C’est quand je l’ai rencontrée dans ma vie qu’elle est entrée dans le livre. Ça paraît très monolithique un livre. Ça n’est pas le cas. C’est plus long que faire un film. Ça bifurque sans arrêt. Et puis quand on écrit un livre, on ne sait pas pourquoi, il y a des parties mortes et il y a des parties vivantes qu’on ne met pas dans le film. Par exemple, la rencontre avec Esther est très bien, mais je ne l’ai pas mise parce que ce serait un autre film.

Quelle est la différence entre le processus de création de l’écrivain et de celui du réalisateur ?

A mon avis, ils sont assez proches…

Mais le cinéma est un travail collectif…

En fait le réalisateur a des relations individuelles avec plein de personnes. Ça n’est donc pas vraiment collectif.

Oui, mais si on le compare à la création de l’écrivain… C’est une démarche un peu plus sociale…

Oui mais la question implicite est de savoir si ça me met mal à l’aise, et en réalité, pas tellement. Je n’ai aucun problème en société et je n’ai pas de difficulté à me faire obéir, ça se passe assez naturellement. J’ai des difficultés à partager le pouvoir.

Est-ce qu’il est possible de mettre une étiquette à ce film ?

Il y a un climat très bizarre… Poétique… Je dirais que c’est un film poétique.

La musique du film

Mathis B. Nitschke, compositeur de la musique du film, propose aux internautes du site officiel www.lapossibiliteduneile-lefilm.com de télécharger gratuitement le titre Sexy Queen, issu de la musique originale composée pour le film de Michel Houellebecq.
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Posted on December 16, 2012 by admin
“Le prophète” par Erik Lieshout

Erik Lieshout a suivi Michel Houellebecq sur le tournage du film LA POSSIBILITE D’UNE ILE et en a réalisé le making of.

Patrick Bauchau joue le rôle du prophète dans LA POSSIBILITE D’UNE ILE.
Je l’ai rencontré dans sa résidence secondaire, à côté de Paris.
La majeure partie de l’année, il vit et travaille à Los Angeles, où il joue dans des films Hollywoodiens comme par exemple PANIC ROOM avec Jodie Foster. Parmi ses rôles les plus récents, j’aime énormément celui du clairvoyant aveugle dans ”Carnivale”, une série américaine de très grande qualité.

Il vit avec sa femme Mijanou Bardot, avec qui il forme un couple mythique depuis LA COLLECTIONEUSE d’Eric Rohmer.
Pour moi, il est en quelque sorte un héros depuis L’ETAT DES CHOSES de Wim Wenders. Pour le making of de LA POSSIBILITE D’UNE ILE et le documentaire que mes collègues et moi sommes en train de réaliser sur Michel Houellebecq, ce film était une référence : on y voit des membres d’une équipe de cinéma seuls et désespérés dans une chambre d’hôtel…
Lorsque j’évoque ce film de Wenders, Patrick Bauchau me dit qu’il y avait également pensé à la lecture du scénario de Michel.
Le film de Wenders commence avec une scène de science fiction : on voit un humain qui marche dans un désert post apocalyptique.
Puis c’est Bauchau, dans son rôle de metteur en scène, qui dit :
« And cut ! », « Coupez ! »
Son chef op lui dit alors qu’ils n’ont plus de pellicule, qu’ils doivent arrêter le tournage. L’histoire de Wenders commence alors.
Patrick Bauchau, au sujet du film de Wenders :
« Tu sais quel film je tournais au début de L’ETAT DES CHOSES ? C’était déjà le film de Michel ! »
C’est une bonne illustration de la pensée de Patrick Bauchau : il voit des connections partout dans l’univers, comme un prophète.
Mais Patrick souligne aussi ses remarques d’un sourire ironique.

La question centrale sur son approche du rôle était pour lui: est-ce que le prophète de Michel Houllebecq est sérieux et dit des choses vraiment intéressantes, ou est-ce que c’est un sale con fraudeur ? Parce que Patrick s’intéresse vraiment aux prophètes, aux sages, et aux gurus : ?il ne peuvent pas dire ce qui est vrai, mais il peuvent dire ce qui ne l’est pas.’ Pour connaître la réponse à la question de Patrick Bauchau, il faut voir le film de Houellebecq…

Pour Patrick Bauchau, Michel Houellebecq s’inscrit lui-même dans une tradition de prophètes, et le film LA POSSIBILITE D’UNE ILE fait partie de sa prophétie.
Un prophète de l’apocalypse peut-être ?

Ce jour là, dans le jardin ensoleillé de Patrick Bauchau et Mijanou Bardot, il y avait également l’écrivain Henri Bauchau (96). Aux côtés de son fils, l’idée de clonage a pris vie, comme dans LA POSSIBILITE D’UNE ILE.

Nous avons filmé Henri Bauchau sur une balançoire.
A la question ?que pensez vous lorsque vous faites de la balançoire ?’ il répond : ?je regarde le contraste entre le vert de l’arbre et le bleu du ciel…’

Dans le prochain article, Ramata Koite se posera la question: « Pourquoi mes yeux seraient ils plus nobles que mes fesses ??
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Posted on December 16, 2012 by admin
ça débutait comme ça » par Erik Lieshout

Ca a débuté comme ça, dans les Vosges, où je faisais un petit documentaire pour la télévision Néerlandaise sur la sortie de LA POSSIBILITE D’UNE ILE. Michel Houellebecq avait choisi un hôtel morbide dans cette zone mystérieuse entre l’Allemagne et la France pour inviter la presse de différents pays. La veille de notre interview, j’arrivais avec mon équipe à l’hôtel. Michel était dans la salle à manger. Je lui ai proposé de ne pas faire une interview classique, mais un monologue sur la question : le style est-il une qualité de vision, comme le dit Proust?
(extrait d’un article paru dans Le Temps, 1913)

Le lendemain, je suis venu chercher Michel et Clément, son chien, à l’hôtel, pour les emmener en forêt, où j’avais choisi de tourner. Michel a dit son monologue, qu’il avait bien préparé, et sa façon de parler ainsi que le contenu de ses paroles étaient superbes. Plus tard, il m’a écrit que c’était le meilleur documentaire réalisé sur lui jusqu’à présent.

En revenant à l’hôtel, il m’a expliqué les difficultés de financement qu’il rencontrait pour l’adaptation cinématographique de son roman. Après cette rencontre, il a été pris par une série d’interviews et je n’ai pas pu lui dire au revoir. Je lui ai laissé un petit mot à la réception, avec un p.s. : « Est ce que je peut faire le making of de votre long métrage » ?

Un an et demi plus tard, je me suis retrouvé sur une colline à Lanzarote sur le tournage du film LA POSSIBILITE D’UNE ILE. Les premiers mètres de stock « brûlés » c’est toujours une petite fête. Le producteur, Eric Altmayer, et l’agent de Michel, Francois Samuelson, étaient présents pour ce moment historique, quand Michel a dit pour la première fois : « Moteur ! »

Pendant des mois je me suis retrouvé avec l’équipe franco-espagnole dans des endroits post-apocalyptiques et dans des décors de science-fiction. Mais nous nous sommes aussi retrouvés dans des endroits touristiques, où il n’y avait plus de limites entre la réalité et l’histoire du film. Quand Michel Houellebecq jouait du « air guitar » pour accompagner la danse de zombies âgées au bar de « L’Hôtel Bali » à Benidorm, ça a été une expérience inoubliable.

La prochaine fois, je vous parlerai de Patrick Bauchau, qui joue le rôle du prophète dans le film, et de son père Henri Bauchau ainsi que de sa femme Mijanou Bardot. Je vous expliquerai aussi le rapport entre Wim Wenders et Michel Houellebecq, toujours selon Patrick Bauchau.
A bientôt.

Le 3 février 2007, Daphné Roulier recevait Michel Houellebecq et François Samuelson dans l’Hebdo Cinéma sur Canal Plus. Retour sur leurs échanges en amont du tournage du film.

Daphné Roulier : En 3 romans, Michel Houellebecq est devenu un phénomène de l’édition. Certains lui reprochent de faire beaucoup de cinéma; ça tombe bien il passe dernière la caméra. Va-t-il susciter autant de passion ?
Michel Houellebecq, François Samuelson, bonjour.

Michel Houellebecq et François Samuelson : Bonjour

Daphné Roulier : Tout d’abord, merci d’être là , je sais que vous êtes écrivain et très rare en télévision. Il est vrai qu’on vous y a beaucoup vu il y a quelques années, puis vous avez disparu. Vous méfiez-vous de ce métier, des journalistes?

Michel Houellebecq : Oui, je me méfie, il y a une tendance à choisir les thèmes les plus polémiques dans mes livres… probablement parce ça fait des discussions plus intéressantes.

Daphné Roulier : Vous avez finalement le sentiment que les journalistes vous ont un peu trahi…

Michel Houellebecq : Ils choisissent par nature les thèmes qui peuvent provoquer un affrontement.

Daphné Roulier : …Trahi du moins… un peu caricaturé ?

Michel Houellebecq : Indiscutablement

Daphné Roulier : Indiscutablement oui ?

Michel Houellebecq : Indiscutablement.

Daphné Roulier : François Samuelson, qui est à vos côtés, est votre agent. C’est vous qui avez négocié le fameux transfert de Flammarion à Fayard. Un transfert digne d’un footballeur.

François Samuelson : Je pense que cette histoire de transfert, qui n’en est pas un, a été là aussi extrêmement dénaturée. Le problème de fond était plutôt à l’origine une discussion entre Michel et moi sur les adaptations de ses livres à l’écran. Ce n’est que cela : un artiste a le souhait de mettre en scène le film adapté de son propre livre et le défi qui m’était posé, à moi qui le représente pour ses activités professionnelles, c’était de trouver, je dirais le bon partenaire, non pas pour qu’une option soit prise sur le livre, mais pour que la production soit lancée.

Daphné Roulier : Alors j’aimerais parler M. Houellebecq, de votre aventure avec le cinéma. Parce que finalement, contrairement à ce qu’on pourrait penser, ça n’est pas une coquetterie chez vous. D’abord je crois que vous êtes diplômé de l’institut Lumière.

Michel Houellebecq : Non je n’ai pas fini en fait.

Daphné Roulier : Vous n’avez pas fini, mais vous avez intégré l’institut Lumière, vous avez effectivement suivi des cours.

Michel Houellebecq : Oui c’est intéressant.

Daphné Roulier : Vous avez réalisé 3 courts-métrages. Finalement, passer à la réalisation c’est assez cohérent, je dirais même que c’était prévisible, c’était écrit.

Michel Houellebecq : Oui, ça dépend. Entre temps il s’est passé plein de choses…

Daphné Roulier : Entre temps, il s’est passé la gloire, il s’est passé le succès immense.

Michel Houellebecq : Non pas seulement, il s’est passé le roman aussi, et par exemple je crois qu’écrire un scénario même dans l’idée de réaliser le film sans écrire de roman, ça ne m’intéresserait pas assez. Je ne me sens pas faire ça.

Daphné Roulier : Est-ce que le fait d’avoir comme agent François Samuelson, qui s’est occupé à la fois de réalisateurs et d’écrivains, a facilité cette étape ?

Michel Houellebecq : Oui, je pense que c’est le concept même du nom de l’agence « Intertalents ».

Daphné Roulier : En fait l’agence de François Samuelson est un club de rencontre.

Michel Houellebecq : C’est une version noble.

Daphné Roulier : C’est une version noble ?

François Samuelson : Je le revendique, c’est un club de rencontre professionnelle en effet. Arriver à organiser une rencontre par exemple entre Michel Houellebecq et Benoît Magimel qui va jouer le rôle principal, ça fait parti des fiertés d’une agence comme la nôtre.

Daphné Roulier : Vous vous inscrivez Michel Houellebecq dans le club très fermé des écrivains réalisateurs. Un club pour le moins hétérogène, qui compte aussi bien Cocteau que Pagnol, Christophe Honoré, Yann Moix, Emmanuel Carrère dont vous vous occupez ou encore, plus récemment Marc Lévy Est-ce que finalement un écrivain voire l’auteur, est le mieux placé pour transposer son œuvre à l’écran ?

Michel Houellebecq : Il est plus facile de conserver une certaine distance par rapport au texte original, déjà parce qu’on n’a aucun respect pour soi et donc on n’hésite pas à sabrer impitoyablement des trucs qui n’iront pas.

Daphné Roulier : Là en l’occurrence vous n’appréhendez pas le tournage de LA POSSIBILITE D’UNE ILE comme une « chérie » ? comme le dit Yann Moix?

Michel Houellebecq : …Bizarrement je n’ai pas trop peur… Non ce qui est très dur c’est de choisir ; choisir les gens.

Daphné Roulier : Choisir le casting.

Michel Houellebecq : Non non, pas seulement le casting, tous les collaborateurs. Il y a des points communs bizarrement entre un roman et un film. Par exemple c’est tout à fait vrai que les personnages vous échappent dans un roman. C’est à dire qu’on a l’idée d’un personnage et il se met à avoir une volonté d’existence… enfin il fait bifurquer le truc. Moi, le cas le plus spectaculaire c’est Plateforme où le personnage de Valérie a pratiquement transformé mon livre, elle a complètement tiré la couverture à elle.
Et donc un acteur, au moment où on le choisit, on sait bien, suivant la personne qu’on prend, que ça va faire bifurquer le film.

Daphné Roulier : Et selon quels critères vous avez choisit Benoît Magimel au-delà du fait que François Samuelson s’en occupe ?

Michel Houellebecq : Vous n’avez pas des questions plus faciles ? Non parce que honnêtement c’est de l’ordre de l’indicible. Je ne peux pas dire que c’est à cause de tel ou tel film, c’est beaucoup plus confus que ça.

Daphné Roulier : François est-ce que c’est vrai que le cinéma d’auteur voit d’un très très mauvais oeil l’arrivée de Michel Houellebecq dans le monde du cinéma, à la réalisation ?

François Samuelson : Je ne sais pas si le cinéma d’auteur en général, mais je constate que les instances où le film de Michel aurait dû recevoir des financements, que ce soit l’avance sur recette, le mini-traité ou un certain nombre d’instances que je dirais collégiales auraient pu au moins trouver intéressant que quelqu’un comme Houellebecq veuille réaliser un film.
Daphné Roulier : Comment avez-vous vécu d’ailleurs l’un et l’autre le refus de l’avance sur recette ? Comme une façon de vous entendre dire « reste à ta place »?

Michel Houellebecq : Non. Moi non. Je ne plais pas à la Culture d’Etat; donc je n’ai pas été plus surpris que ça. Le producteur était effondré

Daphné Roulier : Le producteur a été effondré ?

Michel Houellebecq : Oui il pensait vraiment que c’était un projet artistique, oui, artistique. Il pensait que ça rentrait bien dans le cadre de l’avance sur recette.

François Samuelson : Objectivement, ça rentre bien dans le cadre de l’avance sur recette.

Daphné Roulier : Ca sera votre unique film ?

Michel Houellebecq : Je n’en sais absolument rien.

Daphné Roulier : Oui, il est trop tôt pour le dire.

Michel Houellebecq : Moi je suis un projet à la fois parce que je n’arrive pas à penser à plusieurs trucs en même temps, donc je ne sais pas du tout ce que je vais faire après.

Daphné Roulier : Acteur peut-être.

Michel Houellebecq : Ah non, pour ça je ne suis pas doué. Je me rends bien compte qu’il y a des gens doués au départ, et moi pas.

Daphné Roulier : Et votre chien Clément ?

Michel Houellebecq : Non il n’est pas trop capable non plus. Enfin je ne le sens pas… vraiment !

Daphné Roulier : Parce qu’il a un rôle très important dans LA POSSIBILITE D’UNE ILE.

Michel Houellebecq : Oui mais on va prendre un autre chien.

Daphné Roulier : Vous allez prendre un autre chien. Alors quel est le cinéma de Michel Houellebecq au-delà de Lynch et De Funès ?

Michel Houellebecq : De Funès c’est un phénomène unique dans l’histoire du cinéma, comme nous. Le burlesque c’est très rare. La vraie grande création burlesque.

Daphné Roulier : Vous voulez dire LE GENDARME DE SAINT-TROPEZ par exemple.

Michel Houellebecq : Oui, c’est grand ce qu’il fait, c’est vraiment un nouveau génie burlesque. Sinon il y a beaucoup de choses que j’aime bien qui m’ont peut être plus influencé. Par exemple, quand j’étais enfant, j’étais vraiment fasciné par la 4ème dimension.

Daphné Roulier : LA POSSIBILITE D’UNE ILE sera labellisé « science fiction » : ce ne sera certainement pas une comédie j’imagine.

Michel Houellebecq : C’est un film d’anticipation.

Daphné Roulier : Une dernière question à Michel Houellebecq. Qu’est ce qui vous a dernièrement bouleversé au cinéma ?

Michel Houellebecq : Ce n’est pas un film récent ; j’ai trouvé ça très émouvant A.I. le petit garçon-robot.

Daphné Roulier : Ca vous a plu ?

Michel Houellebecq : Réellement bouleversé, c’est-à-dire que j’ai vraiment pleuré.

Daphné Roulier : Vous avez réellement pleuré ?

Michel Houellebecq : Ah oui ! Je ne pouvais plus m’arrêter.

Daphné Roulier : On recevait Mathilde Seigner en première partie de cette émission, vous avez vu CAMPING ?

Michel Houellebecq : Ah oui !

Daphné Roulier : Vous avez aimé ?

Michel Houellebecq : Oui, là j’ai franchement rit, même s’il y a des scènes plus drôles que les autres

Daphné Roulier : Quand elle montre ses fesses ?

Michel Houellebecq : Ah oui, là c’est bien.

Daphné Roulier : François, une dernière question. Vous êtes assez peu optimiste sur l’avenir du cinéma français. Vous dites que le système se paupérise avec d’un côté ceux qui sont riches, qui deviennent de plus en plus riches et de l’autre ceux qui sont pauvres et qui deviennent de plus en plus pauvres. Alors quelle est la solution?

François Samuelson : L’entrée en résistance et essayer de faire changer les choses.

Daphné Roulier : Mais concrètement…

François Samuelson : Concrètement ça veut dire se battre, arriver à créer des surprises, et il y en a régulièrement qui effectivement accrochent l’œil soit par les résultats en salle, soit par la qualité des films. Le cinéma aux pieds nus doit entrer en résistance.

Daphné Roulier : Merci à tous les deux. Michel Houellebecq LA POSSIBILITE D’UNE ILE pour ceux qui ne l’on pas lu, est en poche chez Livre de Poche. Et François Samuelson vous êtes l’agent, mais également l’auteur de ce livre qui sort chez Flammarion que vous avez écrit il y a quelques années déjà ; des entretiens avec Sartre ; Foucault, Clavel, Benny Lévy et Serge July. C’est absolument passionnant. C’est à lire. Vous l’avez lu ?

Michel Houellebecq : Non, ce n’est pas sorti.

Daphné Roulier : Mais si, ça sort.

Michel Houellebecq : Ca sort en

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Gagnez des romans dédicacés par Michel Houellebecq

Le concours est terminé.
Les gagnants recevront leur cadeau prochainement.

Voivi les réponses qu’il fallait donner :

1/ Lequel de ces romans de Michel Houellebecq n’a pas été adapté au cinéma ?
- Lanzarote

2/ Dans quel pays Michel Houellebecq a-t-il trouvé son décor idéal pour les paysages d’apocalypse du film LA POSSIBILITE D’UNE ILE ?
- En Espagne

3/ Pour quel film le comédien Benoît Magimel a-t-il reçu le Prix d’Interprétation Masculine au Festival de Cannes ?
- La Pianiste